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Le temps quand on est parent d’enfant autiste : changer de regard

Quand on est parent d’un enfant autiste, la question du temps s’impose très tôt. Souvent sans même qu’on s’en rende compte.

Il y a le temps qui passe, le temps que l’on compare, le temps que l’on redoute. Celui qui semble toujours manquer. Celui qui fait naître l’inquiétude : est-ce que mon enfant avance assez ? est-ce que nous faisons ce qu’il faut, au bon moment ?


Cette préoccupation est profondément humaine. Elle traduit l’amour, la responsabilité, et le désir sincère d’aider son enfant à se développer. Mais elle peut aussi devenir une source majeure de pression, d’épuisement et de doute.


Cet article propose une autre lecture : et si modifier notre rapport au temps pouvait devenir un véritable déclic dans l’accompagnement de notre enfant autiste ?

Peut-être que, en lisant ces lignes, certaines phrases résonnent déjà avec ce que vous vivez au quotidien. Peut-être que vous avez cette impression de courir après le temps, tout en donnant pourtant le meilleur de vous-même.



Le temps comme repère… puis comme source de tension


Dans notre société, le développement de l’enfant est fortement associé à des repères temporels. Marcher à tel âge. Parler à tel âge. Être autonome à tel âge. Ces jalons sont présentés comme des normes, parfois comme des objectifs à atteindre.


Lorsque l’enfant est autiste, ces repères deviennent rapidement douloureux. Le développement ne suit pas toujours une trajectoire linéaire. Certaines compétences prennent plus de temps à émerger, tandis que d’autres apparaissent de façon inattendue.


Progressivement, le temps cesse d’être un simple repère pour devenir un facteur de comparaison, voire une source d’angoisse. Chaque mois peut sembler décisif. Chaque difficulté, alarmante.



Pourquoi desserrer la pression autour du temps est essentiel


Accompagner un enfant autiste demande de sortir, autant que possible, d’une logique d’urgence.


Non pas parce que les apprentissages n’ont pas d’importance, mais parce que la pression temporelle peut paradoxalement freiner le développement. Le stress, l’attente de résultats rapides et la peur de « rater une étape » peuvent rendre l’adulte moins disponible émotionnellement et moins ajusté aux besoins réels de l’enfant.


Or, les apprentissages chez l’enfant autiste reposent sur des bases fondamentales :


  • un sentiment de sécurité,

  • une relation de confiance,

  • la répétition,

  • le sens donné aux situations du quotidien.


Ces éléments ne se construisent pas sous la contrainte du temps. Ils demandent une présence, une observation fine et une adaptation constante.



Changer de regard : un déclic dans l’accompagnement


Se détacher progressivement de la notion de temps peut constituer un véritable tournant dans l’accompagnement parental.


Cela ne signifie pas d’abandonner les objectifs, ni de nier les besoins de soutien ou de suivi. Cela signifie de déplacer le regard.


Plutôt que de se demander :

« Où devrait-il en être à son âge ? »

La question devient :

« Qu’est-ce que mon enfant est capable d’apprendre dans cette situation précise ? »

À partir de là, le quotidien change de sens. Les moments ordinaires deviennent des opportunités d’apprentissage :


  • une difficulté devient un point d’appui,

  • un intérêt spécifique devient un levier de motivation,

  • une routine devient un support de compétences,

  • un détour imprévu devient une occasion de communication.


Ce changement de perspective permet souvent d’apaiser la relation, de réduire la pression ressentie et de redonner une place centrale aux compétences émergentes de l’enfant.


Quand vous commencez à regarder votre enfant autrement, sans l’urgence permanente du « il faut », quelque chose se détend. Vous n’êtes plus uniquement dans l’attente du prochain progrès, mais davantage dans la reconnaissance de ce qui est déjà là.



Pourquoi ce changement est si difficile à vivre


Même lorsqu’on comprend intellectuellement l’intérêt de cette approche, elle reste difficile à mettre en pratique. Plusieurs facteurs entrent en jeu.


Le poids de la comparaison

La comparaison est omniprésente : dans la famille, à l’école, lors des rendez-vous, sur les réseaux sociaux. Elle entretient l’idée que le temps serait un retard à combler plutôt qu’un rythme à respecter.


La peur de ne pas en faire assez

Beaucoup de parents vivent avec la crainte de passer à côté d’une opportunité importante pour leur enfant. Cette peur, souvent silencieuse, alimente une vigilance constante et une fatigue émotionnelle importante.


Les injonctions et les échéances

Les bilans, les suivis thérapeutiques, les démarches administratives introduisent des délais, des objectifs, des échéances. Même nécessaires, ils renforcent parfois la sensation que chaque étape serait déterminante.


L’épuisement parental

Prendre du recul sur la notion de temps demande de l’énergie psychique. Or, l’épuisement est fréquent chez les parents d’enfants autistes. Dans ces conditions, il est naturel de revenir à une logique d’urgence et de contrôle.



Se réapproprier le temps, pas à pas


S’enlever progressivement la pression du temps ne se fait pas du jour au lendemain. Il ne s’agit pas de nier les besoins de prise en charge, mais de rééquilibrer.


Cela peut passer par :


  • des objectifs fonctionnels et réalistes,

  • une attention portée aux micro-progrès,

  • l’acceptation des phases de stagnation apparente,

  • une observation plus que jamais centrée sur l’enfant réel, ici et maintenant.


Ces moments font partie intégrante du développement. Ils ne sont ni des échecs, ni des pertes de temps.




Beaucoup de parents d’enfants autistes vivent avec cette pression du temps sans toujours pouvoir la nommer. Ils avancent, font de leur mieux, en se demandant souvent s’ils vont assez vite, s’ils font suffisamment, s’ils font « comme il faut ».


Prendre conscience que le temps n’est pas un ennemi, mais un cadre à apprivoiser, peut constituer un véritable déclic. Pour certains parents, ce changement de regard transforme profondément la manière d’accompagner leur enfant : moins de tension, plus de présence, plus de sens dans les apprentissages du quotidien.


Ce déclic ne se fait pas seul. Il demande parfois d’être accompagné, soutenu, aidé à déposer la pression et à retrouver de la clarté dans les priorités.


L’accompagnement thérapeutique peut offrir cet espace : un lieu pour réfléchir à son rapport au temps, comprendre le fonctionnement de son enfant, ajuster les attentes et construire un accompagnement plus juste, plus apaisé, et réellement soutenant pour toute la famille.


Avancer autrement avec son enfant autiste ne signifie pas renoncer. Cela signifie apprendre à cheminer à son rythme, avec des repères plus respectueux de son développement… et du vôtre.

 
 
 

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