LA MALTRAITANCE
Entretien avec Claude Halmos, psychanalyste
"La maltraitance infantile, un traumatisme qui ôte toute
dignité humaine à l'enfant."
Claude Halmos, coauteur des deux documentaires sur la maltraitance
diffusés sur France 5, a travaillé à la pouponnière
d'Antony, dans la région parisienne, en écoutant et
surtout en donnant la parole aux enfants maltraités. Un traumatisme
à soigner dès le plus jeune âge, selon elle, afin
de donner une chance à ces enfants de se reconstruire. (plus
d'informations sur le site).
Les enfants
face à la maltraitance
La maltraitance à enfant n'est pas un phénomène
récent, même si c'est aujourd'hui que l'on en parle le
plus. C'est la prise de conscience de ce problème, le déliement
des langues, la médiatisation de certaines affaires et l'élaboration
de textes législatifs (convention des droits de l'enfant par
exemple) qui ont transformé notre perception.
Les différentes formes de maltraitance :
En ce qui concerne les différentes formes de violences commises
à l'égard des enfants il faut attendre le sommet de Stockholm,
en août 1996, pour arriver, après bien des heures de débats,
à en distinguer très clairement trois sortes :
1) Les violences physiques
2) Les violences sexuelles
3) Les violences psychologiques
Les violences physiques :
De toutes les formes de violence, les violences physiques sont celles
qui se voit. Elles sont donc plus repérables, plus mesurables,
plus facile à identifier.
La maltraitance physique se reconnaît par les traces qu'elle laisse
sur le corps de l'enfant : hématomes, brûlures, fracture,
et par l'intention effective de l'auteur d'infliger un sévices
pour se faire obéir, pour dominer et maîtriser l'autre.
Malgré tout l'enfant va tenter de dissimuler les traces de coups
portés sur lui car il ne supporte pas que l'on puisse voir son
corps meurtri. L'enfant ne souhaite pas montrer du doigt l'auteur de
ces violences surtout quand c'est papa ou maman.
Les adultes doivent donc limiter le poids de la parole comme unique
indicateur de souffrance. Il ne faut donc pas attendre que l'enfant
s'exprime pour agir !
Les violences sexuelles :
Ce type de violence revêt des formes diverses : de la "haute
criminalité" comme dans l'affaire Dutroux à des
agressions beaucoup plus légères, plus insidieuses,
plus sournoises mais tout aussi traumatisantes.
L'adulte maltraitant profite de sa position de toute-puissance pour
imposer à l'enfant un autre langage, son discours, sa domination
en matière sexuelle. Il exerce alors un abus d'autorité.
Plus graves encore dans le type de violences sexuelles actuelles des
réseaux, véritables organisations sociales, se constituent.
En France, en juin 1997, un réseau de trafic de vidéos
pédophiles a été démantelé (affaire
Toro Bravo). Depuis, de nombreux autres réseaux ont été
neutralisés.
Aujourd'hui c'est sur Internet que ce développent ce type de
criminalité (voir page consacrée à la pédophilie
et à la prostitution des mineurs en France).
Les violences psychologiques :
Définir les violences psychologiques est un exercice compliqué.
Pour une situation donnée, les évaluations peuvent être
différentes.
Les recherchent débutent en ce domaine. Il est très
complexe de cerner cette forme de violence car ce qui est ressenti
à présent comme une violence psychologique à
l'égard d'un enfant était vécu, il y a encore
cinq ou dix ans, comme un comportement social normal d'éducation
stricte. Enfermer un enfant dans un placard relevait d'un pratique
éducative courante. Aujourd'hui chacun s'accorde à penser
que c'est insupportable et qu'il s'agit d'un violence psychologique.
Les agressions verbales, les dévalorisations systématiques,
les humiliations concernant leur niveau scolaire, leur apparence,
leur physique, leurs capacités intellectuelles, bref tout ce
qui remet en cause leur intégrité font partie des violences
psychologiques.
Qui sont les auteurs ?
Pour prévenir les diverses formes de maltraitance, il est impossible
de s'intéresser aux victimes sans se préoccuper des
auteurs.
La violence dont est victime l'enfant maltraité est principalement
exercée par une personne de son entourage familier (membres
de la famille, éducateur, instituteur, etc...). L'agression
extérieure commise par un individu étranger à
l'univers affectif de l'enfant reste rare.
Les enfants à risques :
D'année en année, le nombre d'enfants qui risquent la
maltraitance augmente. 97 % des départements citent les carences
éducatives comme premier facteur de risque. Les conflits et séparations
familiales viennent en seconde position suivi de près par les
problèmes psychopathologiques des parents (alcool, drogue...).
Le chômage, la précarité et les difficultés
financières représentent également un signal d'alerte
à ne pas négliger.
Que dit la loi ?
Pour les professionnels, assistantes sociales, éducateurs,
médecins, instituteurs, le principe du secret professionnel
est défini par les articles 226-13 et 226-14 du code pénal.
Cependant les personnes astreintes au secret professionnel doivent
toujours faire part des mauvais traitements à l'égard
des mineurs de moins de 15 ans. La révélation du secret
dans ce cas est possible (article 226-14 du code pénal).
Dans tous les cas toute personne ayant connaissance de l'existence
d'un enfant maltraité ou supposé l'être doit aviser
les autorités médicales, judiciaires ou administratives.
Ne pas le faire serait tomber sous la coupe de la non assistance à
personne en danger (article 443-3 du code pénal).
La parole de l'enfant :
On dit les enfants bavards, prêts à s'inventer des histoires
tant leur imagination est débordante. Pourtant, il existe un
domaine où les enfants font attention à ce qu'ils disent
: celui des violences dont ils sont victimes.
L'enfant maltraité, silencieux, se protège inconsciemment
en gardant sous silence les violences dont il est l'objet. C'est pour
mettre un terme à l'horreur vécue qu'il se décide
parfois à en parler.
Ne pas prendre ses propos au sérieux,
c'est exercer sur lui une nouvelle violence.
Il n'y a pas de fatalité :
Lutter contre les mauvais traitements, ce doit être l'engagement
de toute notre société.
Un système de protection judiciaire de l'enfant en danger a été
mis en place progressivement. Cependant il est extrêmement complexe.
Les efforts doivent se poursuivre notamment par l'engagement encore
plus grand des acteurs sociaux et judiciaires. Pour prévenir
les risques de maltraitance envers les enfants il est nécessaire
également :
- pour les parents, de maintenir la fonction parentale spécialement
dans les périodes sensibles de la vie familiale.
- pour tous les enfants améliorer leur condition de vie, et promouvoir
leur écoute dans tous les lieux où l'on discute des sujets
concernant leur protection.
- pour les familles vulnérables, réduire les facteurs
de risques susceptibles de générer de la maltraitance.
Un numéro de téléphone
utile
si tu es victime de mauvais traitements
